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77 J Fonds du château de La Ferté-Imbault.

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    • Présentation

      Fonds du château de La Ferté-Imbault.

    • Introduction

      Nous ne consacrerons ici que quelques lignes à la famille d'Estampes, très peu représentée, si ce n'est pour rappeler la figure de Jacques d'Estampes (1590-1668), fils de Claude d'Estampes, baron de La Ferté-Imbault, et de Jeanne de Hautemer , maréchal des camps et armées du roi, capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes de Mgr le duc d'Orléans, marié à Catherine de Choiseul-Praslin (+ 1673), dont il eut trois fils : François, mort un an avant son père en 1667 et marié à Charlotte Brûlart de Sillery, Roger, entré en religion, et Louis, dit Monsieur de Salbris, tué au siège de Lens en 1648. Son petit-fils et successeur, Charles d'Estampes, laissera à son tour trois enfants : Roger d'Estampes, auteur de la branche de Mauny , Philippe Charles d'Estampes et Charlotte Louise d'Estampes, épouse de Maximilien François de Fiennes. Il avait gratifié son second fils, en le mariant en 1709 à Jeanne Marie du Plessis-Châtillon, du fief du Liot , avant de l'instituer son légataire universel en 1716 : Roger d'Estampes acceptera de laisser la terre de La Ferté-Imbault à son cadet, auquel Mme de Fiennes cède également ses droits. Philippe Charles d'Estampes, pourvu comme son père et son grand-père d'une charge militaire dans la maison des ducs d'Orléans, réside à Paris au Palais Royal, mais ne dédaigne pas le séjour de La Ferté-Imbault. Lui et son épouse sont bien connus par le portrait peu flatteur qu'en brossa avec une plume agile leur bru, Marie Thérèse Geoffrin, qui, accoutumée à l'esprit des salons de la capitale, n'hésite pas à taxer Jeanne Marie du Plessis-Châtillon de la plus parfaite bêtise. La mort du chef de famille, au mois de mars 1737, sonne le glas de la lignée : son fils aîné et homonyme, tout juste âgé de vingt-cinq ans et époux de Marie Thérèse, s'éteint quinze jours après lui. Le cadet, Louis, dit le chevalier d'Estampes, officier au régiment de Chartres-infanterie, mourra sans alliance le 14 février 1742, dans sa vingt-huitième année. Dans l'intervalle avaient disparu deux autres enfants, Achille, chevalier non profès de l'ordre de Malte (1738), et Pauline (1741). Ne demeurait que la benjamine, Sophie d'Estampes, que la mort de son frère Louis propulse à l'âge de douze ans au rang d'héritière, conjointement avec sa nièce, Charlotte Thérèse d'Estampes, née en 1736 de l'union de Philippe Charles d'Estampes et de Marie Thérèse Geoffrin : la mort de cette enfant, survenue le 21 juin 1749 dans sa treizième année, fera de Sophie la dernière représentante du nom. Une période de grand désordre suit la mort du comte d'Estampes, dont les dettes étaient considérables : une commission est instaurée en 1739 par arrêt du Conseil d'Etat afin de statuer sur les mémoires remis contradictoirement par les créanciers et les héritiers, et conclut à la vente judiciaire des meubles et immeubles de la succession. Un procès-verbal d'estimation des biens est établi en 1741 (un extrait de cette pièce figure sous la cote 77 J 64), à l'issue duquel une procédure d'adjudication est engagée jusqu'à la réception des enchères. Mais le décret, rendu en 1747, est cassé en mars 1748 pour vice de forme : le statu quo s'installe pendant trente ans, la famille, durant cette période, étant maintenue dans sa jouissance. C'est à la fin de la même année 1748 que Sophie d'Estampes, née le 6 novembre 1729 , passe contrat avec Alexis Bernard Le Conte de Nonant, marquis de Piercour, châtelain de Malou et président au parlement de Normandie . Les époux vont aussitôt entreprendre d'augmenter la terre de La Ferté-Imbault, et c'est avec eux qu'apparaissent dans le fonds des pièces autres que celles du " chartrier " que recensera l'Inventaire général. Madame de Piercour, représentée sur place par son agent d'affaires, Abel Calles (qui apparaît comme receveur de La Ferté et passe les baux dès 1737 après le décès de son père le comte d'Estampes), réalise ainsi plusieurs acquisitions, annonciatrices de l'extension maximale que connaîtra le domaine à la fin du siècle sur la commune de Salbris : parmi les plus importantes, les métairies du Buisson-Luzas et des Vaux (1753), celle de la Tronsault avec la locature de l'Epinay (1760), et une mainmise complète sur les héritages de l'ancien village du Pré. N'y voyons pas le témoignage d'un affectif particulier : la gestion des terres solognotes est déléguée à des fermiers généraux, les Chavray, à compter de la Toussaint 1752, en vertu d'un bail de neuf ans, procédé qui démontre clairement la volonté de rentabiliser un patrimoine et de percevoir un revenu fixe. Dans cette optique, on notera également le soin constant apporté par les Piercour à se libérer des charges pesant sur chacun des biens nouvellement acquis, dont le rapport était souvent obéré par d'anciens contrats de constitution de rente : leur effort méthodique en ce domaine est tout à fait remarquable . Madame de Piercour meurt prématurément à Paris le 21 août 1763, laissant à son tour une fille unique, Adélaïde Marie Thérèse . Alexis Bernard Le Conte de Nonant de Piercour se remarie en octobre 1766 à Cécile Jeanne Blanchebarbe de Grandbourg, veuve de Clément Jean Charles Guillemin, baron de Courchamp, conseiller au parlement de Paris, dont il a deux autres enfants, Cécile Rose, née au mois d'août 1767, et Abel Alexis François, né en 1769 . Il continue à administrer La Ferté-Imbault au nom de sa fille du premier lit, passant le 26 novembre 1770 un nouveau bail général de neuf ans, porté à dix-huit ans dès l'année suivante, et cédé à un bourgeois de Selles-Saint-Denis, Abraham Guillaume Delanoue, à compter du 1er novembre 1771, pour 26000 livres annuelles : les comptes du bail Delanoue, qui trouvera son échéance en 1789/1790, donneront lieu à un important procès dont les pièces sont riches en renseignements pour l'histoire de La Ferté durant la pré-Révolution. Les aménagements fonciers se poursuivent également au nom de la jeune Adélaïde Marie Thérèse, et parmi eux une opération capitale lorsque le marquis de Piercour acquiert par acte passé sous seing privé le 18 juillet 1778 de Philippe Louis Thibault de Senneterre, marquis de La Ferté , la terre de Nouan-le-Fuzelier et de Burtin . C'est à la même époque que l'on procède enfin à la liquidation de la succession de Philippe Charles d'Estampes, son beau-père, la cause ayant été renvoyée par un nouvel arrêt du Conseil d'Etat du 9 juillet 1777 devant les Maîtres des requêtes de l'Hôtel du roi pour être procédé au souverain à l'adjudication des immeubles : la vente judiciaire est clairement placée sous le signe d'arrangements qui permettent l'adjudication du Liot, le 16 juin 1780, aux Thibault de Senneterre, et celle de La Ferté-Imbault, le 14 juillet suivant, avec la châtellenie de Salbris qui lui est annexée, à Alexis Bernard Le Conte de Nonant de Piercour lui-même pour 328000 livres, au nom de sa fille à présent âgée de dix-sept ans . Le dernier acte se joue par l'habile procédé d'une subrogation en vertu de laquelle le marquis vient supplanter Adélaïde Marie Thérèse, dévoilant ainsi toute la combinaison. Le fait est essentiel, car nous assistons ici à la substitution d'un lignage à un autre : Piercour devient maître du domaine à titre personnel et non plus en qualité de tuteur de sa fille, ce qui induit que La Ferté est désormais transmissible aux enfants nés de son second mariage avec Mademoiselle de Grandbourg. Tel était bien le but poursuivi, puisqu'Abel Alexis François est institué légataire universel par un testament olographe fait à Lisieux le 19 juin 1782. Il est à peine âgé de quatorze ans à la mort de son père, au début de janvier 1783. Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercour est l'un des hommes-clefs de l'histoire de La Ferté-Imbault, et le pivot de tous les événements qui ont influé, du point de vue du traitement du fonds, sur notre méthodologie, ainsi que nous l'expliquerons plus bas. Adolescent, il est officier au corps royal des carabiniers de Monsieur, frère du roi, puis guidon des chevau-légers de la garde et mestre de camp de cavalerie. Il est émancipé par son mariage, conclu dès la fin de l'année 1785, avec Catherine Antoinette Marie Joséphine de Rothe, sans que sa mère, assistée de Germain Pierre Blanchebarbe de Grandbourg, grand maître honoraire des Eaux et Forêts de France, son propre père, ne cesse de veiller directement et scrupuleusement sur ses intérêts. L'un des axes majeurs de la conduite de la marquise douairière, dans le droit fil de la politique menée par son défunt mari, est de réunir sur la tête de son fils la totalité de la succession. Dans ce but, elle veillera à écarter définitivement l'enfant du premier lit, Adélaïde Marie Thérèse, dernière du sang des d'Estampes, que l'on a unie à François Bernard Raymond Joachim de Narbonne-Pelet dont elle reste très tôt veuve : tous les biens acquis pendant sa minorité par Monsieur de Piercour (le labourage à chevaux des Hypottières en 1771, la métairie de Giboire en 1774 et 1777…), ainsi que ceux appartenant à la communauté ayant existé entre lui et Sophie d'Estampes (le Buisson-Luzas, la Tronsault, les Vaux de Salbris…) lui seront rachetés en 1789. Dans l'intervalle, d'autres locatures, notamment à Migelou et à Rothère, anciens villages peu à peu phagocytés, viennent encore s'agréger au domaine. Quant à Cécile Rose, la sœur germaine du jeune marquis, elle est mariée à un parent, Joseph Antoine Le Conte de Nonant de Raray, et renonce à ses droits. Madame de Piercour meurt à Paris le 1er décembre 1790 rue Louis-le-Grand, demandant à être inhumée en la chapelle de sa famille dans l'église Saint-Roch, non sans manifester de pieuses intentions à l'égard des pauvres de Saint-Genoult, de Salbris et de Nouan, ainsi qu'à ceux de Cormeilles, en Normandie. Cet événement familial marque une césure importante dans l'histoire de La Ferté-Imbault. Abel Alexis François n'a que vingt-et-un ans, et le voici à présent chef de famille, même s'il s'entoure des conseils de son aïeul, Monsieur de Grandbourg, et qu'un curateur aux causes et tuteur aux actions immobilières, Jean-Baptiste Etienne de Laplace, lui est désigné. Le jeune homme est loin d'être un écervelé incapable de gérer ses affaires : il va au contraire déployer une énergie considérable pour relever La Ferté-Imbault des difficultés qui ont surgies lorsqu'ont pris fin les dix-huit années de jouissance du fermier Delanoue . L'existence d'un " Etat des papiers remis à M. le marquis de Piercour le 3 septembre 1791 concernant la terre de La Ferté-Imbault ", que lui communiquent ses hommes d'affaires, le démontre brillamment. Une année 1791 qui marque nettement cette reprise en main par le jeune marquis de Piercour : cet automne-là, quarante-neuf baux sont renouvelés, qu'il s'agisse de reconduire des fermiers mis en place par Delanoue ou, cas le plus fréquent, d'en imposer de nouveaux, ce qui représente une action sur les deux tiers des domaines . Hormis un bail isolé de la métairie de Courcelet le 28 août, vingt-quatre baux sont passés entre le 25 et le 27 septembre, huit le 16 octobre, huit autres le 23, huit encore le 31. La même année, il se présente avec son grand-père pour recueillir les dépendances de l'ancien chapitre de Saint-Thaurin, vendues en qualité de biens nationaux : il acquiert ainsi, selon deux procès-verbaux d'adjudication dressés par l'administration du district de Romorantin le 11 juillet 1791, la métairie de Champnoir (dont les bâtiments sont détruits pour ne laisser qu'une locature) ainsi que la locature voisine dénommée le Petit Champnoir, et saisit cette opportunité pour aménager sa propriété en échangeant plusieurs pièces de terre qui dépendaient de l'ancienne métairie avec d'autres parcelles enclavées dans ses domaines de Migelou et de la Cour, ce qui dénote un remarquable plan d'ensemble. Le 30 juillet, un autre procès-verbal d'adjudication lui attribue la locature du Bellion, qui dépendait elle aussi de l'ancien chapitre. Louis Nicolas Dufour, notaires à Selles, a reçu sa procuration générale dès le 25 février 1791, et administre La Ferté avec la plus grande rigueur. La période révolutionnaire sera riche en rebondissements, à commencer par l'affaire du suicide de Joseph Antoine Le Conte de Nonant de Raray, beau-frère du marquis, arrivé le 7 frimaire an II (27 novembre 1793), qui se donne la mort d'un coup de fusil dans le parc du château . La municipalité impose qu'il soit enterré à l'endroit même où a été retrouvé son cadavre, malgré les protestations véhémentes de la famille. Peu après, Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercour est mis en état d'arrestation par ordre du comité de surveillance générale et détenu au Luxembourg au printemps 1794, ses biens placés sous la main de la Nation, et un commissaire au séquestre désigné, que l'on voit intervenir pour donner son consentement au moindre bail. Situation qui émeut vivement Dufour, qui nous livre dans la pétition qu'il rédige le 15 messidor an II (3 juillet 1794) des éléments précieux sur le domaine : " Les biens du citoyen Pierrecourt (sic) sont divisés en près de 80 parties, soit domaines, soit locatures. Très peu de ces domaines sont à ferme en argent, une grande partie sont affermés en grains, et une autre partie affermée à moitié aux grains et aux bestiaux. Ces deux derniers objets de location exigent une activité permanente soit pour la rentrée des grains, soit pour la vente des bestiaux et dans les fermes et dans les foires. La moindre négligence est préjudiciable aux intérêts des commettants ". Il précise que les biens sont restés " dans le plus grand délabrement " pendant la minorité du marquis, et atteste qu'il y a un grand mouvement de reprise avec des réparations de toutes parts : " Depuis plusieurs années, ajoute-t-il, le citoyen Pierrecourt a ménagé ses fermiers pour le payement de leurs fermes, il n'en a reçu en partie que des acomptes ". Le devis estimatif des travaux programmés dans les différentes fermes, conservé sous la cote Q 663 des Archives départementales de Loir-et-Cher, est particulièrement éloquent, sans compter pour l'anecdote celui des portes et grilles du château qui doivent être refaites en bois, attendu que les autorités locales ont enlevé les grilles de fer. Tandis que sa demi-sœur, Madame de Narbonne-Pelet, monte sur l'échafaud, Abel Alexis François restera emprisonné jusqu'au mois d'octobre 1794, l'ordre donné par le comité le 17 vendémiaire (8 octobre) pour sa libération enjoignant également de procéder à la levée des scellés. Il choisit aussitôt de se retirer à La Ferté-Imbault, où naîtront rapidement trois enfants : Cécile Louise, le 1er fructidor an III (18 août 1795) , Alexis Joseph Antoine, le 4 vendémiaire an VI (25 septembre 1797) ; et Joséphine Louise Adèle, le 29 nivôse an VIII (19 janvier 1800) . Le marquis de Piercour, sans doute en proie à des difficultés, vendra quelques portions de son bien, en particulier la locature de Belair, la métairie de la Sébillière (1799) et celle de Chanceau, et surtout, en 1805, la terre de Nouan-le-Fuzelier, avant de sacrifier La Ferté-Imbault. En avril 1807, César René Marie François Rodolphe de Briançon-Vachon, comte de Belmont (qui signe Belmont-Briançon ), ancien colonel, chevalier de l'ordre de la Réunion, fait l'acquisition du domaine. Il lui réunit dès le mois d'août l'ancienne terre du Chêne, que possédait M. de Pommeret, auquel la famille de Passac l'avait vendue en 1769 : les travaux qu'il engage dans ce château, " situé dans la position la plus riante et sur les bords de la rivière de Sauldre ", sont achevés vers 1811, et il y demeure par préférence à La Ferté, plus austère. Mais Monsieur de Belmont ne reste que sept ans propriétaire des lieux : fervent bonapartiste, il est tué devant Reims le 13 mars 1814, pendant la campagne de France, laissant deux jeunes fils, Florestan et Ladislas, âgés respectivement de douze et neuf ans, issus de son mariage avec Louise Henriette Clémentine de Choiseul-Gouffier . La comtesse de Belmont entreprend de liquider la succession de son mari et fait expertiser le domaine pour parvenir à une vente par lots : les opérations, qui réclament trente-six vacations, débutent le 9 mai 1815, et deux procès-verbaux sont établis, déposés au greffe du tribunal civil de la Seine le 15 janvier 1816. Les ventes judiciaires qui s'ensuivent consacrent le démembrement du domaine de La Ferté-Imbault, dont sont dissociées plusieurs parts importantes : les métairies des Auges et de la Brouze avec la locature du Bellion vendues au tribunal de Romorantin dès 1816 en même temps que la métairie de Migerault et la Moutonnerie, les domaines du Tertre, de la Cannetterie, de Montifault et des Bordes, le château du Chêne, Boisbrault et l'Epinay en 1817. Ce qui n'a pas été dispersé est vendu en 1819 à la barre du tribunal à Marie Louise de Poix, comtesse de Grandeffe, pour 356000 francs. C'est elle qui le revendra, dès 1824, à un protestant, l'Anglais William Lee, qui en donne 510000 francs . William Lee est originaire de Leeds, dans le comté d'York. Il est célibataire et n'a qu'une sœur, Elizabeth Lee, épouse d'Edmund Howarth, mère de deux enfants : Mary Ann, née en 1810, et Edward, de douze ans plus jeune. Dès son adolescence, Mary Ann Howarth demeure auprès de son oncle qu'elle accompagne à La Ferté-Imbault. Leur présence n'est pas particulièrement bien ressentie, ainsi qu'en témoignent les documents conservés aux archives diocésaines de Blois : les propriétaires du Chêne (à cette époque, la famille des Coudrées) alertent l'évêque, dans une lettre datée de 1841, sur leur appartenance à la " secte des méthodistes ", aggravée par le prosélytisme auquel se livre Mary Ann Howarth dans l'enceinte de l'école qu'elle a ouverte. Aux yeux de ces fervents catholiques, la situation n'a fait qu'empirer après son mariage, en 1838, avec un ministre anglican, le révérend Robert Kirby (originaire de Withby dans le Yorkshire où il est né en 1811), union dont les prémices nous sont bien connues par la correspondance du futur époux (plusieurs dizaines de lettres adressées à Mary Ann Howarth entre 1834 et 1838) . En 1845, on s'émeut lorsque William Lee envisage l'acquisition de l'ancien presbytère de la commune, dont la destination primitive serait évidemment modifiée, et cette tentative est fortement combattue. Sur ces questions d'appartenance religieuse, viennent se greffer de multiples conflits relatifs aux biens communaux, plusieurs parcelles étant en litige entre le château et la municipalité. Parallèlement, William Lee s'engage dans des opérations visant à améliorer ses terres, tant du point de vue de l'agriculture que de l'élevage, sur lesquelles nous sommes malheureusement trop peu informés par le contenu du fonds, mais qui participent de l'effort fourni dès la Restauration par de nombreux propriétaires en vue de régénérer la Sologne, bien avant la politique de grands travaux qui sera menée sous le Second Empire. Une pièce essentielle vient attester de ces préoccupations, alors que le domaine compte encore trente fermes : " Comme il aime l'agriculture et fait des essais, il se réserva cinq de ces fermes pour les cultiver par des domestiques qui y résident. Il tend principalement à élever beaucoup de bestiaux, mais comme le terrain de la Sologne est peu propre aux pâturages pour les nourrir, il y supplée par la culture en grand de pommes de terre, de choux, turneps etc. qu'il leur fait manger ". William Lee meurt à La Ferté-Imbault le 1er juillet 1853 à l'âge de soixante-dix-huit ans , après avoir institué pour héritiers son neveu et sa nièce, prescrivant le partage du domaine : à Mary Ann, les biens situés sur la rive gauche de la Sauldre, à Edward, les biens situés sur la rive droite, regroupés sous le nom de domaine de la Place : les fermes de Bourdaloue, du Perrais, des Vaux de Saint-Genoult (incluant le labourage des Hypottières), la métairie de Morais et la locature de Toulimet, ou encore le moulin de l'Aulne, lui seront désormais rattachés . Pour leur part, les époux Kirby recueillent ainsi le château de La Ferté-Imbault, dont les dépendances se réduisent à présent à une quinzaine de métairies : des propriétés de la famille de Piercour, ne subsistent plus que Courgerais, Migelou, le Plessis, la Jonchère, Rothère, Giboire, la Cour, Preuillard, la Sujetterie, le Pré, les Vaux de Salbris et la Tronsault. Lorsque Mary Ann Howarth meurt aux Eaux-Bonnes le 27 août 1868, il est aussitôt question de procéder à la vente du domaine, d'autant que trois des héritiers sont mineurs . A dire vrai, on envisageait cette perspective depuis plusieurs années : la défunte le préconise dans son testament, établi en 1866, et dès 1867, donc de son vivant, nous voyons plusieurs personnes correspondre avec Kirby dans l'intention de se porter acquéreurs. Une affiche est même conçue dans cette intention, rédigée en ces termes : " à vendre le beau et antique château de La Ferté-Imbault et la terre qui en dépend et qui est composée de 18 fermes et d'un moulin à eau sur la Sauldre, le tout d'une contenance de 3400 hectares environ dont à peu près 800 en bois ". Le décès à La Ferté-Imbault, le 4 novembre 1871, à l'âge de vingt-cinq ans, de leur fille Hannah Maria Kirby, encourage le mouvement : mariée depuis deux ans au négociant Thomas Nelthorpe Marwood, elle laisse en effet deux enfants en bas-âge qui exercent à leur tour par représentation des droits dans la succession de leur grand-mère maternelle (Maud, née en 1870, et Marmaduke, né deux mois avant le décès de sa mère et mort en janvier 1872). Délaissant le domaine, Robert Kirby s'installe à Tours . L'année suivante, le domaine, resté près de cinquante ans aux mains de cette famille anglaise, est vendu par adjudication au tribunal de Romorantin au comte Auguste Fresson, le 15 mars 1873. Le nouveau maître des lieux deviendra maire de la commune de La Ferté-Imbault de 1878 à 1888. Il sera placé en 1899 sous la tutelle de son épouse , et la comtesse Fresson née Mathilde Wey, se défait aussitôt du domaine, vendu aux enchères le 28 février 1900 : c'est à cette date que le domaine, réduit à 1800 hectares, perd ses dépendances du Pré, des Aisses, de Belair, de Rothère, du Plessis et de Courgerais. Le château devient à cette date la propriété du docteur Bouilly, chirurgien des hôpitaux de Paris : mais du splendide domaine du comte de Belmont, ne subsistent que trois fermes, celles de la Cour, de Migelou et de la Tronsault.

      Le plus remarquable, pour ce qui regarde la baronnie avant 1700, réside incontestablement dans la série des Papiers de recette des terres de La Ferté-Imbault et de Salbris, comptes rendus à Jacques d'Estampes par Claude Berge, à la fois receveur et procureur fiscal de ces deux seigneuries, qui permettent une lecture approfondie de la gestion de ces domaines entre 1652 et 1658. Elle est complétée par les deux livres de compte, ouverts séparément pour Salbris et La Ferté à la Toussaint 1674 et renseignés jusqu'aux environs de 1685, dont la tenue est particulièrement remarquable. De manière plus générale, l'ensemble des comptes rendus aux d'Estampes, dont les plus anciens datent de l'année 1486 et qu'englobent les cotes 77 J 24 à 47, constitue l'une des plus grandes richesses du fonds de La Ferté-Imbault. En dehors de cela, la période du XVIIe siècle est parmi les plus décevantes. Hormis ce qui subsiste de la 29e liasse de l'Inventaire général (10 des 82 articles), seules deux pièces se rapportent aux affaires de la famille, l'une comme l'autre en lien avec Louis d'Estampes, chevalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem et frère cadet du maréchal : la première concerne la donation qu'il fit en 1605, à l'âge de quatorze ans, à sa sœur Renée, la révocation et l'acte de remise qui en furent faits en 1610 et 1611 ; la seconde le versement par Jacques d'Estampes, en 1617, d'une somme de 1200 écus (3600 livres), à mettre en rapport avec des accords passés trois ans auparavant, sur lesquels nous renseigne l'Inventaire général. Encore le premier de ces documents n'est-il qu'un extrait des registres du greffe des insinuations du bailliage de Blois, tandis que le second est une pièce autographe signée. A titre anecdotique, on pourra encore distinguer sous la cote 77 J 78 la Copie informe de l'aveu et dénombrement fourni en 1519 à Louise de Savoie mère du roi à cause de sa châtellenie de Romorantin par Charlotte d'Argouges veuve de Philippe du Moulin, dame du Liot. La première moitié du XVIIIe siècle est quasiment absente du fonds. Rien ne vient illustrer le déclin de la famille d'Estampes, après le décès, le 11 mars 1737, de l'arrière-petit-fils du maréchal, Philippe Charles d'Estampes. De surcroît, la minute de l'inventaire qui fut dressé à cette occasion manque aux Archives départementales de Loir-et-Cher, avec tout l'exercice correspondant. De fait, le fonds " renaît " avec le mariage Piercour en 1748, mais les pièces subsistantes sont bien maigres, puisqu'elles se résument, nous l'avons déjà souligné, aux titres de propriété qui furent remis lors des acquisitions. L'un des axes, peut-être novateur, susceptible d'aiguiser l'intérêt du chercheur serait l'étude des rentes constituées dont la multiplication et l'entrecroisement alourdit considérablement la tache de l'archiviste, et au classement desquelles nous avons tenté d'apporter un soin tout particulier : ces dossiers recomposés en fonction des lieux sur lesquels étaient affectés ces rentes foncières forment les articles 77 J 92 à 111, et au delà de la volonté affirmée des Piercour de parvenir à des amortissements, ils permettent d'examiner le jeu subtil de ces contrats qui constituaient, pour de nombreuses familles, une part non négligeable de leur capital, et dont les arrérages impayés encombraient de chicanes les petites juridictions. On notera également ce qui touche à la confection du terrier du Liot, sous les cotes 77 J 73 à 78 (même si nous le savons incomplet), élaboré à partir de 1778 au moment où Alexis Bernard Le Conte de Nonant de Piercour songe à s'en séparer au profit de son ami Thibault de Senneterre, qui se l'appropriera deux ans plus tard dans les circonstances que nous avons évoquées. Les cotes 77 J 112 à 115 intéressent l'ancien chapitre de Saint-Thaurin et sa suppression en 1742, et sont susceptibles d'apporter des éléments sur l'étendue de ses possessions. Enfin, les pièces, bien que fragmentaires, relatives aux divers droits exercés par les seigneurs (tabellionnage, boucherie, boutage, poids et balances…), ainsi que le règlement de police édicté en 1784 par Cécile Jeanne Blanchebarbe de Grandbourg, sous les cotes 77 J 86 à 91, méritent l'attention. Mais là où le fonds s'avère particulièrement riche, c'est sans conteste pour la période de la Révolution et de l'Empire. Alors que l'on attendait du classement du fonds de La Ferté la reconstitution, sur la base de l'Inventaire général, d'un chartrier mettant en exergue les pièces les plus anciennes, c'est de cette époque de l'Histoire que vient la surprise. On mentionnera bien entendu les articles 77 J 181 à 197, se rapportant au procès Delanoue, qui jettent un éclairage à la fois sur les vingt années ayant précédé la Révolution et sur la manière dont se réglèrent les contestations entre l'ancien fermier général et les propriétaires de La Ferté-Imbault. Mais la part belle doit être faite à l'activité d'Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercour entre 1791 et 1807, pour laquelle la masse documentaire nous apparaît très complète. Les multiples pièces relatives à l'exploitation du domaine, mais également à la conduite des populations auxquelles elle était confiée, offrent une lecture de premier ordre en termes d'histoire économique et sociale. Figurant sous la cote 77 J 168, les notes manuscrites des représentants du marquis, formulant des avis motivés sur la situation de chaque fermier et les raisons qu'il y aurait de le maintenir ou de le déplacer, en constituent sans doute l'élément le plus remarquable : on assiste ainsi au déroulement d'une gestion extrêmement affinée, à des dates pour lesquelles il est peu fréquent de disposer de telles sources. Dans le même ordre d'idées, on accordera de l'intérêt à l'article 77 J 176, correspondant au fragment d'un journal tenu par le régisseur du domaine pour une courte période de dix semaines, qui nous plonge dans le quotidien de tournées d'inspection continuelles qui ne sont pas sans rappeler celles d'un Laborie dans l'œuvre d'Eugène Le Roy. Enfin, c'est la période anglaise qui doit conclure à notre sens ce tour d'horizon des centres d'intérêts majeurs du fonds de La Ferté-Imbault. Si ce qui est conservé n'offre malheureusement que très peu de matière à l'étude des opérations menées dans le domaine agraire par William Lee (alors que nous sommes quelque peu encombrés d'expéditions des innombrables jugements rendus dans le contexte des biens communaux en litige, doublons de pièces figurant obligatoirement dans la série O des Archives départementales), on sera en revanche séduit par la riche correspondance en langue anglaise échangée par les membres de la famille Kirby (77 J 236-246), d'autant plus que les papiers antérieurs sont quasiment dénués de toute correspondance, si l'on excepte pour les Piercour quelques lettres insérées dans des dossiers d'affaires et n'ayant aucun caractère personnel. Le fonds de La Ferté-Imbault, s'il ne répond tout à fait ni à la qualité de chartrier, ni à ce que l'on est en droit d'attendre de la part d'archives familiales, s'impose donc avant tout comme une source notable pour l'étude de l'économie de la Sologne du XVe au XIXe siècles, ainsi que pour celle de différents pans de la société. L'aire géographique qu'il couvre permet d'élargir la réflexion bien au delà des frontières de la commune actuelle de La Ferté-Imbault, pour toucher à la plupart des communes du sud-est du département.

      Situé au chef-lieu de la commune éponyme, créée en 1860 par démembrement de la commune de Selles-Saint-Denis, le château de La Ferté-Imbault, inscrit en grande partie sur l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques le 7 avril 1989, est l'un des domaines les plus remarquables de Sologne " en raison, nous rappelle cet arrêté, de l'ancienneté de son implantation sur le site et de la qualité de son architecture ". Ses origines ont été abondamment étudiées, et la figure de son propriétaire le plus illustre, Jacques d'Estampes, a donné lieu à une biographie. Si cette famille, entrée en possession de la terre de La Ferté à l'époque médiévale (et dont une branche détînt également dans le département voisin de l'Indre le célèbre château de Valençay), est emblématique, ce sont ses descendants indirects, les Piercour, qui modelèrent le fonds tel qu'il nous est parvenu à la fin du XXe siècle. A partir du Premier Empire, de nouveaux maîtres lui imprimeront leur marque : les Belmont, dont la possession fut tragiquement écourtée, l'éphémère Madame de Grandeffe, mais surtout l'Anglais William Lee et ses héritiers, les Kirby, pour finir en 1900 avec le comte Fresson. Le domaine, dans l'Ancien Régime, s'étend principalement sur le territoire de la paroisse de Selles-Saint-Denis (qui prendra sous la Révolution le nom de Selles-sur-Sauldre et que l'on désigne également par l'appellation de Saint-Genoult, alias Saint-Genoux). Lorsqu'au début du XIXe siècle la famille de Piercour s'en sépare, il compte près de soixante-dix fermes, dont quarante ont rang de métairies, auxquelles sont rattachées des locatures secondaires . Le quart de ces fermes est situé sur la commune voisine de Salbris, d'autres à Loreux, sans compter ce qui relève de la terre de Nouan-le-Fuzelier annexée à La Ferté-Imbault avant la Révolution ; par extension, certaines parcelles touchent les communes de Theillay ou de Marcilly-en-Gault. Le court passage, dans l'histoire de La Ferté, du comte de Belmont, de 1807 à 1814, est synonyme de nouvelles et considérables augmentations, dont se dégage la terre du Chêne (le comte en fera rebâtir le château à neuf), ancienne possession de la famille de Passac, qu'il rachète à Monsieur de Pommeret, vieil adversaire des Piercour. Le quotidien est évidemment rythmé par la gestion particulièrement lourde qu'impose un ensemble d'exploitation aussi vaste, auquel s'ajoutent encore des étangs où l'on élève les carpes, des prairies, des bois, des moulins sur la Sauldre (ainsi qu'un moulin à foulon dont la propriété est partagée avec les seigneurs voisins de Rivauldes), des maisons au bourg de La Ferté-Imbault et dans l'île de Saint-Thaurin, sans omettre, dans l'Ancien Régime, la possession de nombreux terrages et autres dîmes inféodées . Les premiers contacts entre l'administration et les propriétaires du château, M. et Mme Bertrand, furent noués en 1981 par Thérèse Burel, alors directrice des Archives départementales de Loir-et-Cher, qu'un érudit avait alertée sur l'existence d'un chartrier. Dix ans furent nécessaires pour parvenir à un dépôt, après que différents expédients aient été envisagés (en particulier le microfilmage des pièces, souvent évoqué et jamais opéré), et le décès de M. Bertrand ayant concouru à suspendre les tractations. C'est finalement au cours de l'été 1991, à l'issue de plusieurs visites de Mlle Burel sur les lieux, que l'ensemble des documents fut remis aux Archives départementales par Mme Bertrand, accord assorti l'année suivante d'un contrat dument formalisé. Les archives du château de La Ferté-Imbault ont longtemps conservé cette dénomination de chartrier, vision réductrice, voire erronée, qui était loin de traduire leur contenu. Le traitement du fonds a permis rapidement d'entrevoir qu'il ne subsistait qu'une part infime du trésor primitif, dont l'existence est attestée au XVIIIe siècle : un Inventaire général des titres de la baronnie de La Ferté-Imbault, seigneuries de Salbris, du Liot et de tous les fiefs dépendants d'icelles, établi vers 1769, en fait foi. Ce registre de 525 feuillets , dont nous fournissons la nomenclature en annexe, subdivisait les archives du domaine en une dizaine de chapitres se rapportant à chacune des censives commandées par la terre de La Ferté. Au fief de La Ferté-Imbault lui-même, remplissant les 335 premiers feuillets de l'Inventaire général, répondaient trente-trois liasses, dont dix seulement subsistent : les liasses 1 à 5, se rapportant aux actes de propriété et aux baux, et 25 à 29, dont le contenu est similaire mais plus disparate, puisqu'on y trouve mêlés titres de rentes ou pièces de procédure. Encore sont-elles très incomplètes : la 3e liasse, par exemple, ne comprend plus qu'une vingtaine de pièces sur les 150 énoncées. Mais on doit surtout déplorer la dispersion des autres parties de l'Inventaire général : mentionnons la 6e liasse, intitulée " Droits généraux, utiles et honorifiques ", la 14e liasse (" Aveux et dénombrements des seigneuries les plus considérables relevant de La Ferté-Imbault "), ou encore la 30e liasse dédiée aux brevets et commissions des seigneurs de La Ferté-Imbault, qui comportait les pièces relatives à l'ambassade du maréchal d'Estampes en Angleterre et un nombre considérable de lettres où l'on distinguait Louis XIII, Mazarin, Chavigny, Sublet des Noyers, Le Tellier, et même la duchesse de Chevreuse. Regrettons également l'absence de la 33e liasse " formée de minutes et de sous-seings privés faits par M. le maréchal d'Estampes depuis 1640 jusqu'en 1667 avec des entrepreneurs et ouvriers de plusieurs espèces pour les réparations et embellissements du château de La Ferté-Imbault ". Au final, ce qui nous est parvenu ne représente qu'une proportion infime du fonds légué par les d'Estampes : l'ensemble actuel, augmenté de pièces de provenance distincte ou bien produites postérieurement, ne saurait dès lors conserver la qualité de chartrier. Nous reviendrons, en évoquant les principes qui ont présidé au traitement du fonds, sur sa complexité. Intrigué par l'absence des pièces les plus remarquables, nous avons identifié au Centre Historique des Archives Nationales, sous la cote 508 AP, plusieurs articles dont le contenu présente des analogies troublantes avec les archives de La Ferté. Ce fonds d'une importance matérielle comparable et couvrant une période similaire (qui apparaît dans l'Etat sommaire des fonds privés antérieurs à la Révolution française établi en 2001 sous l'intitulé : " fonds d'Etampes-Valençay-Geoffrin " ), acquis en 1989 d'une descendante de la famille d'Estampes, résulte, pour reprendre l'historique de la conservation tel qu'il est établi par l'instrument de recherche, " d'associations et de dislocations successives des archives de la famille suite aux partages de succession, aux ventes de domaines, entraînant la perte d'une partie des documents, et inversement enrichi par les alliances matrimoniales, les héritages de branches éteintes qui sont venues enrichir le fonds " . Or, au sein de la masse documentaire hétéroclite qui le compose, nous pouvons distinguer sous la cote 508 AP 9 la correspondance reçue de Louis XIII par le maréchal d'Estampes, d'autres dossiers se rapportant à l'ambassade d'Angleterre de 1641-1642, à ses divers brevets et provisions, ainsi que plusieurs lettres émanant des plus hauts personnages de l'Etat, de Turenne à Mazarin. Autre fait remarquable, le dossier 3 de l'article 508 AP 8 contient les pièces relatives aux donations faites puis révoquées entre 1605 et 1611 par Louis d'Estampes à sa sœur Renée : copie de ces mêmes pièces figure dans le présent inventaire sous la cote 77 J 17. Les documents conservés à Paris proviennent pour l'essentiel de la branche d'Estampes de Mauny, séparée au XVIIIe siècle, et il est plus que probable que ses représentants procédèrent à cette période avec leurs cousins Piercour à une répartition, les premiers, ceux qui portaient encore le nom du maréchal, conservant papiers généalogiques et titres prestigieux, les seconds, strictement intéressés par les terres de Sologne qui leur étaient échues, ce qui concernait le domaine de La Ferté-Imbault. Mais cette explication à elle seule est-elle suffisante ? Quelques pièces tardives peuvent nous en faire douter : sous la cote 508 AP 39, figure une lettre adressée au marquis de Piercour en 1776, ainsi qu'un dossier de dix-sept pièces concernant la tutelle des enfants Narbonne-Pelet en 1794-1795, à laquelle, il est vrai, fut peut-être intéressé Monsieur de Mauny, leur parent éloigné . Seule la confrontation des analyses de l'inventaire des titres conservé à Blois avec les originaux du 508 AP, pièce après pièce, permettrait d'acquérir d'absolues certitudes sur l'origine commune des documents. On notera encore qu'en 1991, fut agrégée au fonds une lettre d'Henri d'Estampes de Valençay à Mazarin du 1er novembre 1647 acquise en vente publique, preuve que certains écrits à la trop évidente valeur vénale, n'ont abouti ni aux Archives Nationales, ni aux Archives départementales de Loir-et-Cher . Il n'en demeure pas moins que nous nous trouvons confrontés, comme si souvent avec les fonds privés constitués d'archives familiales, à un phénomène de dispersion. Les dates extrêmes, comme bien souvent, sont trompeuses, car le fonds ne recèle pour le XIVe siècle que quatre pièces, figurant sous la cote 77 J 15 et relatives à la censive du Liot qui n'entrera dans le patrimoine de La Ferté-Imbault que trois cent ans plus tard. A dire vrai, les pièces relatives au domaine à proprement parler n'apparaissent qu'à partir de la toute fin du XVe siècle, et beaucoup, jusqu'au XVIIe, ne sont que d'anciens titres de portions acquises ultérieurement par les propriétaires successifs.

      M. Henry Bertrand, dans la lettre qu'il adressa en 1981 aux Archives départementales de Loir-et-Cher en réponse aux sollicitations de Thérèse Burel, déclare que les documents " ont été reclassés, après les quatre années d'occupation allemande, par un archiviste diplômé de l'Ecole des Chartes ; ce travail, souligne-t-il, a nécessité une semaine entière ", ce qui paraît bien peu : il ne désigne donc en ce sens que les pièces du pseudo-chartrier, auquel on s'était contenté (et ce jusqu'à présent) d'assimiler le fonds de La Ferté. Il est évident que celui-ci n'est pas parvenu aux Archives départementales de Loir-et-Cher vierge de toute intervention : le " reclassement " évoqué n'a laissé aucune trace (pas d'inventaire, pas de note explicative), mais nous savons que des pièces ont été distraites de l'ensemble à différentes reprises, en vue notamment d'être exposées à la vue des visiteurs du château (nous le mentionnons en note lorsque le cas est avéré). Par ailleurs, entré en 1991 sous la forme de cinq cartons de déménagement, il a fait l'objet de la part des archivistes d'une curiosité certes légitime pour les pièces qu'il était réputé contenir, mais quelque peu désordonnée : ainsi, les documents manifestement les plus anciens ont été isolés et groupés sans autre logique dans trois boîtes neutres de conservation ; une ébauche de traitement a même vu le jour, sans autre résultat que de relever les noms de lieux que l'on parvenait à déchiffrer pour former des liasses factices selon un critère de pertinence géographique, critère d'autant plus erroné que l'on s'était parfois fondé sur le nom des bailliages dans le ressort desquels instrumentaient les notaires, sans relation directe avec l'objet de l'acte. Seul constat utile : il était patent qu'un travail systématique avait été entrepris pour confronter les pièces à l'Inventaire général des titres et reconstituer ainsi les liasses du chartrier. Nous nous trouvions sans doute là en présence d'un reliquat du travail mentionné par M. Henry Bertrand, le seul tort, ultérieurement, des uns ou des autres, ayant été de s'obstiner à penser que les pièces restantes appartenaient elles aussi au chartrier et devaient à leur tour trouver leur place dans ces liasses, ce qui débouchait sur une entreprise fastidieuse et inutile : le traitement que nous avons mené à bien démontre qu'aucune n'avait été omise lors de la première reconstitution, la masse restante, considérable, étant tout simplement d'une provenance distincte, et jugée pour cette raison, un peu hâtivement, d'un intérêt moindre. Quoiqu'il en soit, personne, et nous même lorsque nous avons rédigé à l'attention d'Anne-Cécile Tizon-Germe, à la fin du mois de juillet 2008, un premier rapport sur la situation du fonds, n'avait décelé les signes de son hétérogénéité, ni, par voie de conséquence, l'extrême complexité qui régirait son traitement. Le fonds de La Ferté-Imbault se présente en réalité comme un agglomérat d'archives de diverses provenances, s'identifiant aux bribes juxtaposées de différentes archives familiales. Il paraissait d'emblée évident, par exemple, que nous ne disposions que de quelques-uns des articles d'un " inventaire Piercour ", qui nous intrigua beaucoup au début de nos opérations, avant que nous n'entreprenions de consulter au CARAN les minutes de Me Lambot, notaire au Châtelet de Paris, qui s'occupa durablement des intérêts de cette famille. Nous étions en effet en présence de liasses d'origine, manifestement postérieures au décès d'Alexis Bernard Le Conte de Nonant de Piercour en 1783 (donc compatibles avec l'idée d'un inventaire après décès rédigé à cette date), parfaitement constituées et annotées, contenant parfois une nomenclature des pièces ou à tout le moins leur nombre, avec un système de cotation qui nous donna un court instant l'espoir que l'ensemble du fonds pourrait être traité en le recréant. De fait, tant que nous ignorions la date du décès de la marquise douairière de Piercour, en décembre 1790 , nous ne pouvions les mettre en rapport avec des opérations conduites dans ce contexte. Les recherches menées au CARAN ont permis de démontrer de manière irréfutable que les chemises estampillées " inventaire Piercour " s'identifiaient bien aux liasses conçues à Paris en 1783, qui firent ensuite l'objet d'un récolement d'inventaire par Me Lambot après le décès de Cécile Jeanne Blanchebarbe de Grandbourg, et sur lesquelles s'appuya systématiquement son fils pour appréhender l'étendue de ses droits et l'historique de son domaine . Mais cet inventaire de 1783 présentait l'inconvénient de ne pas se restreindre aux domaines solognots (ce qui implique que des liasses de l'inventaire n'avaient jamais eu aucune raison d'aboutir physiquement à La Ferté-Imbault et qu'on aurait vainement cherché à les reconstituer à partir du fonds), et il pouvait d'autant moins servir de trame à un éventuel plan de classement que les pièces se présentant sous d'autres formes n'appartenaient pas, a fortiori, à cet ensemble. L'idée de ressusciter l'inventaire Piercour était donc à proscrire, tout en se souciant de préserver dans sa forme ce qui en subsistait, principe essentiel pour comprendre la logique dans laquelle évolua Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercour à partir de 1791 . Par ailleurs, il était inévitable qu'au gré de leur transmission aux propriétaires successifs, la plupart des actes aient été extraits de leurs emplacements primitifs pour être réunis à de nouveaux dossiers constitués à telle ou telle autre occasion, notamment dans le contexte de procédures engagées pour la défense d'un droit. L'inventaire de 1783 lui-même annihilait partiellement des opérations similaires antérieures, notamment celles qui furent conduites en 1763 après le décès de Sophie d'Estampes, dont le système de cotation, radicalement différent, subsiste lui aussi pour partie. Il en résulte qu'un grand nombre de pièces, au fil du temps, s'est vu surchargé de nouvelles identifications, ce qui vient expliquer l'effet de surabondance constaté sur celles auxquelles plusieurs générations eurent à se référer, parfois marquées de trois ou quatre numéros d'ordre différents. La plus tardive est celle qui fut appliquée en septembre et octobre 1814, lors de la rédaction de l'inventaire après décès du comte de Belmont, qui permet de mesurer l'ampleur des pertes survenues depuis lors : des 216 cotes de l'inventaire des titres et papiers, il ne subsiste qu'une petite partie des pièces qui formaient quinze d'entre elles. Nous nous trouvons ici en présence du cas exactement contraire à celui de l'inventaire Piercour, où ce qui regardait le château avait été dissocié pour venir sur place : l'inventaire Belmont se restreignait à La Ferté-Imbault , mais cette qualité n'a pas empêché que la majeure partie des documents aient quitté le domaine. Il semble bien que la comtesse de Belmont, qui fera procéder à la vente du domaine par lots au cours des années suivantes, ait conservé dans une logique d'ordre personnel tout ce qui correspondait à l'activité déployée par son époux à La Ferté-Imbault, ne laissant sur place que les archives touchant les familles d'Estampes et de Piercour auxquelles aucun lien ne la rattachait . Quoiqu'il en soit des opérations de 1763, 1783-1790 ou 1814, aucune de ces " séries ", nous le voyons bien, n'était au complet. Il n'était pas plus envisageable de tenter de s'aligner sur l'inventaire Belmont, étant donné l'absence d'une part importante des documents, que sur l'inventaire Piercour. Dès lors, la manière dont il convenait d'appréhender le traitement du fonds et d'en élaborer le plan de classement pouvait faire débat. De façon paradoxale pour un ensemble composé majoritairement d'archives anciennes, il pouvait paraître réclamer une conception s'apparentant à un inventaire méthodique, juxtaposant par blocs ce qui subsistait des différents systèmes de cotation improvisés à partir du XVIIIe siècle. Outre que cela ne réglait pas le cas des pièces qui en étaient dépourvues (à commencer par toutes celles qui étaient postérieures aux Belmont), il était impératif de tenir compte du fait que l'ensemble des pièces, quoique disparates, se rapportait à un même objet, la constitution et l'exploitation du domaine, conférant son unité au tout, le château de La Ferté et les terres qu'il commandait s'identifiant littéralement à une entreprise transmise des uns aux autres. Il n'a donc pas paru opportun de nous restreindre à une pareille solution, dont la conséquence finale aurait été d'amalgamer les résidus sans les rendre exploitables. Il ne l'était pourtant pas davantage de faire disparaître les traces de ces classements familiaux, en ventilant, par exemple, les pièces que contenaient les dossiers " inventaire Piercour ". Evoquée également, cette hypothèse a été immédiatement rejetée, la manœuvre, de surcroît, ne pouvant s'exécuter sur le plan matériel, attendu que la plupart des pièces que groupent ces dossiers se trouvent reliées les unes aux autres. De plus, les dissocier était incompatible avec les principes de l'archivistique, ne serait-ce que par le danger, en agissant de la sorte, de faire disparaître pour le chercheur toute trace de la volonté ayant présidé à leur réunion, dont l'objectif ne pourrait plus, dès lors, être pris en compte lors d'une étude circonstanciée. Préserver ces reliquats dans un souci évident de respect des producteurs, sans pour autant les adopter comme modèle, et tout en parvenant à leur associer les suppléments isolés dont l'objet était bien souvent identique, tel était le dilemme essentiel. Il apparut rapidement qu'il n'était pas unique. Nous avons déjà évoqué la problématique des anciens titres de propriétés, intégrés au fonds lors des acquisitions successives : nous avons eu beaucoup de mal, par exemple, à déterminer que les pièces d'Ancien Régime relatives au lieu appelé la Réauté correspondaient en réalité à la future métairie des Aisses, qui ne sera acquise que par William Lee. Difficulté exacerbée par le fait que les terres de la Réauté s'imbriquent avec celles qui composaient déjà au XVIIe siècle certains fragments du puzzle de la terre de La Ferté : mêmes noms de lieux, mêmes noms de personnes, pour des parcelles qui ont été incorporées au domaine à des dates différentes, parvenir à une identification sûre devient alors une gageure et démontre à quel point l'histoire foncière en milieu rural est une entreprise délicate . Mais cette question, somme toute assez classique pour l'archiviste, n'était pas la seule. Citons un cas particulièrement intéressant : nous disposions, parmi les liasses patiemment reconstituées à partir du recueil des titres, d'un ensemble de documents que distinguait un énième système de cotation ne correspondant à rien de connu, tous se rapportant à des terres situées à La Ferté-Imbault et dans l'étendue de la paroisse de Selles-Saint-Denis. Il était visible que l'on s'était interrogé sur la place qu'il devait occuper intellectuellement dans l'Inventaire général (auquel, nous l'avons souligné, on tenta toujours à tort de faire correspondre l'ensemble du fonds) : or, nous avons pu établir qu'il s'agissait là d'une partie des archives de l'ancien chapitre de Saint-Thaurin, venue entre les mains des Piercour comme titres de propriété en 1791 lorsque ces biens nationaux furent vendus par le district (voir en particulier les cotes 77 J 112 et suivantes et 77 J 122). En outre, il devenait peu à peu évident qu'un nombre important des pièces vierges des cotations d'Estampes-Piercour-Belmont concernait des affaires dont nous n'entrevoyions pas le moindre rapport avec La Ferté-Imbault. Ainsi, le dossier relatif aux querelles portées devant le bailliage de Graçay, dans l'actuel département du Cher (dont on peut se demander s'il n'aurait pas quelque lien avec le domaine de Valençay, propriété d'une autre branche de la famille d'Estampes ?), des pièces éparses se rapportant aux terres de Mauny, en Normandie, propriété des d'Estampes, ou de Varces, en Dauphiné, propriété des Briançon venues à La Ferté par le canal des Belmont, dont l'identification nous a posé de véritables problèmes, sans compter une liasse dont nous renonçons à comprendre le lien avec aucun des propriétaires du château, touchant à la confrérie des maîtres bouchers de la ville de Clermont-en-Argonne, dans l'actuel département de la Meuse. Mais nous avons surtout été confrontés à la question des archives de la terre du Chêne, réunie à La Ferté, rappelons-le, par le comte de Belmont en 1807, avant d'en être de nouveau dissociée dix ans plus tard, et qui n'auraient donc pas dû aboutir entre les mains de Mme de Grandeffe et de William Lee, mais bien de la famille des Coudrées. Ces archives du Chêne, elles aussi identifiées d'une façon parfaitement reconnaissable (nos recherches nous ont permis d'établir qu'elles furent cotées lors de la vente faite en 1769 par les Passac à Monsieur de Pommeret), nous ont préoccupés. Il convenait tout d'abord d'expliquer non pas tant leur présence, puisque nous savions que les deux domaines avaient été unis, mais l'absence de la majorité des cotes qui y correspondaient. A moins d'envisager des pertes inexplicables, la seule supposition valable était de penser que les pièces dont nous disposions avaient été omises lors de la remise des titres au nouvel acquéreur en 1817, oubliées, en quelque sorte, à La Ferté. Aucun fonds correspondant au domaine du Chêne n'étant identifié dans la série J des Archives départementales de Loir-et-Cher, il était permis de croire que les cotes manquantes demeuraient à ce jour en des mains privées, et les pièces présentes dans le fonds de La Ferté pouvaient dès lors être traitées sans arrière-pensées. Tout a été remis en question, au cours des recherches menées dans les sources complémentaires du fonds, quand nous avons découvert que la masse dont elles avaient été séparées figurait à la suite des minutes des notaires de l'étude de La Ferté-Imbault, réunies sous l'intitulé " Salbris et La Ferté-Imbault - seigneurie du Chêne 1397-20e siècle " et conservées sous les cotes 3 E 569 à 585 des Archives départementales de Loir-et-Cher. Un examen attentif fit immédiatement ressortir que les pièces figurant de part et d'autre relevaient du même système de cotation ; mieux encore, ce que les analyses de l'inventaire de la sous-série 3 E ne laissaient pas deviner, certains des documents inclus dans ce " varia " se rapportaient directement à la gestion du domaine de La Ferté-Imbault par Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercourt, donc antérieurement à 1807 et a fortiori sans aucune relation avec le Chêne, ce qui démontrait de façon irrévocable que le contenu de ces articles était issu pour partie des archives de La Ferté. Pouvait-on, devait-on saisir l'opportunité du traitement du fonds pour résoudre ce cas de figure ? Il n'était évidemment pas concevable d'envisager la réunion des épaves figurant dans le fonds de La Ferté-Imbault à la sous-série 3 E. Mais l'était-il davantage d'extraire les pièces qui figuraient dans celle-ci pour les inclure dans le fonds, au motif qu'elles y avaient séjourné pendant dix ans à l'époque des Belmont ? Dans l'un ou l'autre sens, la fusion pure et simple des deux ensembles n'apportait aucune satisfaction, car certains des dossiers figurant sous les cotes 3 E 569 à 585 se rapportaient au domaine du Chêne bien après sa revente aux enchères en 1817, dossiers contemporains pour la plupart de la famille des Coudrées, ses propriétaires ultérieurs (il était d'ailleurs symptomatique que celles-ci ne portaient aucune des cotations avec lesquelles nous étions familiarisé) : sur un plan strictement intellectuel et archivistique, il ne paraissait pas plus honnête de morceler les archives de ce domaine pour réunir au fonds de La Ferté-Imbault la période Passac-Pommeret et maintenir dans la sous-série 3 E la période des Coudrées - et cela, même si l'éclatement des archives du Chêne est manifestement à dater des opérations qui accompagnèrent la vente judiciaire de 1817. Nous n'avons, au cours de nos travaux, agi de cette manière que dans le cas d'une pièce : l'adjudication de la baronnie de La Ferté-Imbault et de la châtellenie de Salbris par les Maîtres des requêtes de l'Hôtel du roi en date du 14 juillet 1780, réunie arbitrairement aux minutes de Me Derouzières, notaire à La Ferté-Imbault, sous la cote 3 E 31/327, qui en a été ôtée pour rejoindre le fonds. Cette pièce appartenait bien aux archives que conserva M. de Belmont (elle est revêtue des éléments de cotation si aisément reconnaissables), le notaire n'en était nullement le producteur puisqu'il s'agissait d'une expédition de l'arrêt des Requêtes de l'Hôtel, nous ne nous trouvions pas non plus en présence d'un acte de dépôt au rang des minutes de Me Derouzières, et son importance capitale pour l'historique de La Ferté commandait de lui restituer sa place première . En ce qui concernait les archives du Chêne, irrémédiablement scindées, un tel processus n'était pas applicable. Nous avons donc pris le parti de concevoir dans les annexes du présent instrument de recherche un tableau synoptique, récapitulant l'ensemble des cotes existantes et indiquant les articles au sein desquels elles sont conservées, que ce soit en série E ou en série J. Ces difficultés, qui ne sont pas aisées à retranscrire, sont symptomatiques du type de fonds privés auquel appartient La Ferté-Imbault : il s'agit à proprement parler de fonds d'archives dont la masse est singulièrement mobile, se gonflant ou se rétrécissant au gré du modelage du patrimoine foncier, avec pour corollaire la fragmentation progressive des archives constituées par chaque producteur. Car dans le cas présent, le phénomène est encore complexifié par le fait que loin de se transmettre de manière linéaire au sein d'une même famille, le domaine est passé à partir du milieu du XVIIIe siècle de mains en mains. Il résulte de ces observations que les pièces antérieures à l'ère Piercour, hormis ce qui avait été clairement identifié comme appartenant au chartrier, ne touchaient à de rares exceptions près ni la terre de La Ferté-Imbault, ni la famille d'Estampes. Ce qui pourrait paraître paradoxal, sans l'être dans le sens où l'Inventaire général, pièce maîtresse du fonds, devait être regardé a priori comme exhaustif : toute pièce présente dans le fonds mais ne correspondant pas à ses analyses était donc nécessairement d'une provenance distincte, à la réserve de quelques titres de propriété manifestement omis - errare humanum est - lors de sa rédaction, étroitement apparentés à ceux qu'il énonçait. L'erreur consistant à penser que les pièces qui subsistaient en vrac devaient à toute force, comme les autres, retrouver intellectuellement leur place dans cet Inventaire freinait évidemment les raisonnements. Tous ces documents épars, largement majoritaires, n'avaient finalement été mêlés à l'ancien trésor du château de La Ferté-Imbault qu'au XIXe siècle. C'est compte tenu de ces particularités que le plan de classement a été élaboré, en suivant une idée directrice : celle que le fonds ne pouvait être livré au public de façon intelligible sans que soient respectées des césures très nettes, correspondant soit aux ensembles tels que le chartrier ou les archives du Chêne, qui ont leur cohérence propre, soit à des ruptures chronologiques majeures dans la succession des propriétaires. Il s'articule donc sur la dissociation des ensembles suivants : I - les pièces subsistantes de l'ancien trésor du château, pour lesquelles sont rapportées les analyses de l'Inventaire général des titres, amendées lorsque des corrections, en cas d'erreurs manifestes, nous ont paru nécessaires . II - les pièces des XVIIe et XVIIIe siècles (ces dernières peu nombreuses) ignorées par le chartrier, mais se rapportant sans conteste à la famille d'Estampes et à la terre de La Ferté-Imbault. III - les pièces contemporaines des premiers Piercour, à partir de 1748, avec Alexis Bernard Le Conte de Nonant et ses deux épouses successives, Sophie d'Estampes et Cécile Jeanne Blanchebarbe de Grandbourg, jusqu'au décès de cette dernière en 1790 : c'est là que figurent les anciennes cotes de l'inventaire Piercour. IV - les pièces relatives, de 1791 à 1807, à la gestion d'Abel Alexis François Le Conte de Nonant de Piercour, suivies de celles se rapportant au court passage des Belmont incluant nécessairement les cotes de l'inventaire Belmont autres que celles venues surcharger les cotes de l'inventaire Piercour, qui priment par leur antériorité (1807-1819), puis de celles contemporaines des Grandeffe, particulièrement insignifiantes (1819-1824). V - les pièces relatives, pour la période 1824/1873, à la famille Lee-Kirby, complétée de celles postérieures à l'acquisition du domaine par le comte Fresson, en très petit nombre. VI - pour respecter sa qualité de " sous-fonds ", l'ensemble des pièces relatives au domaine du Chêne et à ses dépendances. VII - enfin, les quelques pièces ou dossiers isolés dont le lien avec le domaine est particulièrement ténu (Mauny, Varces…), ou dont le rapport avec le fonds demeure non résolu, voire improbable (Graçay ou Clermont-en-Argonne) Telle est l'armature du présent instrument de recherche, pour la compréhension duquel nous ajouterons encore les quelques éléments suivants. Seule la persistance d'une partie des titres énoncés par l'Inventaire général, et la préexistence des analyses qu'il comporte, imposait la rédaction, pour cette partie, d'un inventaire à la pièce. Certaines de ces analyses ont toutefois été réduites pour éviter les redondances : pour les baux, par exemple (à partir de l'article 77 J 4), nous n'avons pas retranscrit in extenso la litanie des obligations contractées par les preneurs, nous restreignant aux éléments fondamentaux. Dans un grand nombre de cas, en particulier pour ce qui subsistait des chemises de l'ancien " inventaire Piercour ", nous n'avons pas cru bon de modifier les intitulés en paraphrasant le producteur. Lorsque les termes employés ont été repris, l'analyse apparaît entre guillemets. En ce qui concerne les archives du Chêne, l'instrument de recherche ne fournit pour toute analyse que la cote de l'inventaire de 1769 : il convient, pour en connaître le détail, de se reporter à l'annexe correspondante. Enfin, quelque soit le soin que nous avons tenté d'apporter à l'exactitude de l'orthographe des noms de lieux et de personnes, il paraît presque impossible que des erreurs ne se soient pas glissées dans les cent cinquante pages de cet inventaire. Nous remercions par avance les chercheurs qui seront amenés à les consulter de nous en excuser, et de signaler le cas échéant les plus évidentes d'entre elles. On observera également qu'un certain nombre de lieux n'ont pu être indexés de manière complète, leur localisation, compte tenu de nombreux cas d'homonymie et des modifications non moins importantes qu'ils ont pu connaître au fil des siècles dans leur désignation, ne pouvant être connue avec certitude à partir des pièces qui les mentionnent .